vendredi 11 mars 2016

Chirurgien

Mon ancêtre Louis Jean Baptiste Etienne Baguenier Desormeaux est reçu chirurgien à la faculté d'Angers, le 11 novembre 1790. Il a participé aux guerres de Vendée dans les Mauges, pendant lesquelles il a soigné beaucoup de combattants. Voilà qui m'a poussée à m'intéresser d'un peu plus près à ce métier.

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Sous l'Ancien Régime, il faut veiller à bien distinguer médecins et chirurgiens. Cette séparation est très ancienne, attestée en 1260 (collège indépendant des chirurgiens de Saint-Côme), confirmée par les lettres royales de Charles VI en 1390.


MÉDECINS

Les médecins font leurs études à l'université, où ils étudient l'enseignement de leurs prédécesseurs. Le doctorat n'est pas toujours nécessaire pour exercer, une licence suffit parfois.

Un second type de doctorat existe : des études plus brèves et des examens plus légers permettent l'obtention d'un doctorat dit "externe" ou "forain", en échange de quoi le postulant renonçait à exercer dans la ville où il avait fait ses études.

Certains postes sont attribués par cooptation, d'autres sur concours.

En 1786, une enquête administrative établit que l'Anjou comporte 45 médecins (dont 13 à Angers même). A titre personnel pour ma généalogie, je suis très intéressée de savoir qu'il y avait un médecin à Candé, Chemillé, Beaupréau.

chirurgien en action



CHIRURGIENS

Les chirurgiens sont spécialisés dans l'acte de chirurgie mais aussi d'autres opérations manuelles : blessure, fracture, pansement, accouchement difficile, extraction de dent, saignées, hernies, ligature de varices, trachéotomie...

Ils sont considérés comme des artisans, et même plus ou moins associés aux barbiers pendant très longtemps, et jusqu'en 1691. Ces derniers ont cependant des prérogatives moins étendues (saignées, soin des bosses...) et ne peuvent pratiquer les grandes opérations.

Leur apprentissage se base sur la pratique et sur l'observation. Les candidats peuvent devenir apprentis à 22 ans (20 ans si leur père est maître chirurgien). A l'examen, il est obligatoire qu'un médecin soit membre du jury. Comme pour les médecins, les examens sont plus rapides pour ceux qui veulent exercer dans de petits bourgs.

En 1556, le règlement de Tours stipule qu'ils ne peuvent entreprendre quoi que ce soit sans le conseil et l'ordonnance d'un médecin.

En 1731, un texte précise les modalités de leurs études et de leur exercice, et l'Académie de Chirurgie est créée : ils peuvent utiliser la langue latine, et on exige un diplôme.

On retrouve également une différenciation chez les chirurgiens. La différence s'explique par une durée du stage de compagnonnage, qui suit l'apprentissage, et sur la forme et durée des examens : les maîtres de "grand chef-d’œuvre" (destinés à exercer dans les villes) passaient six épreuves étalées sur plusieurs mois, contre deux pour les maîtres de "légère expérience" (qui s'installeraient dans les bourgs). 

Les chirurgiens sont beaucoup plus nombreux que les médecins (284 en Anjou en 1786, contre 45 médecins), et sont organisés en corporations dans les grandes villes (9 membres à Saumur lors de la même enquête de 1786, 5 à La Flèche, 4 à Baugé...). C'est tout logiquement vers eux que se tournent les habitants des petites villes et de la campagne.


scie pour les amputations


ÉQUIPEMENT TYPE

Voilà ce qu'on pouvait trouver dans l'outillage du chirurgien, estimé à 20 livres :
- une scie
- un couteau d'opération
- un bistouri
- quelques lancettes à saigner
- des ciseaux
- des pinces
- un rasoir
- une spatule
- un trépan
- une seringue
- des aiguilles à suture
- des outils de dentiste


RÉMUNÉRATION

Voici quelques exemples de facturation en 1758 :
- 20 sols le pansement
- 12 livres le bandage élastique


PARTICULARITÉS DU CHIRURGIEN EMBARQUÉ 

Au XVIIème siècle, les colonies françaises en Amérique augmentant le nombre d'expéditions maritimes, on ressent fortement la nécessité de la présence à bord d'un soigneur. En 1681, une règle est donc édictée : il est obligatoire d'avoir à bord un ou deux chirurgiens, y compris pour les vaisseaux de pêche au long cours. Au début, cette obligation concerne les équipages de plus de 20 hommes, mais comme les armateurs rusent en restreignant l'équipage pour échapper à cette obligation, en 1767 cette règle s'applique à tout navire au long cours, hormis pêche à la baleine et à la morue. Les navires négriers ne sont pas concernés par une quelconque proportion, le nombre de chirurgiens s'appliquant uniquement à l'équipage.

L'armateur fournit le coffre contenant les divers onguents et médicaments, qui sera contrôlé par le chirurgien le plus ancien du lieu où le bateau est armé. Le chirurgien apporte quant à lui ses propres outils.

Le chirurgien reçoit des gages, mais doit soigner gratuitement l'équipage et bien sûr veiller à toute propagation des maladies contagieuses. Il doit présenter une attestation établie par deux chirurgiens examinateurs pour pouvoir embarquer. A partir de 1767, il devra aussi tenir un journal des soins administrés.



Sources


- Chirurgiens d'Ancien Régime - E. Vivier - Annales de Normandie - volume 3
- Sous les auspices d'Eole, essai sur les chirurgiens navigans angevins - Bruno Le Bastard 
- Institution au droit maritime - Pierre Boucher


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