vendredi 11 novembre 2016

Partage de documents : photos de Claudine Hénaff

Claudine Hénaff est domestique à Nantes, chez mes arrières-grands-parents Pierre Baguenier Desormeaux et sa femme Edith Monfort, qui habitent alors 9 rue Gresset, en compagnie de leurs deux jeunes enfants.

On atteste sa présence dans le recensement de 1911 :

recensement 1911

Archives municipales de Nantes - recensement - 1911 - cote 1F 197 - canton 5 - page 125/322

Ce recensement indique sa date de naissance (1889), mais je ne parviens pas à déchiffrer la ville où elle est née, dont le nom commence par un N comme le "Nantes" indiqué ligne inférieure.

D'après les dates des photographies ci-dessous, on constate que Claudine passe la première guerre mondiale à Nantes.

Claudine Hénaff en 1912
Claudine en 1912, avec les deux premiers enfants de la famille

Claudine Hénaff en 1914
Claudine en 1914

Claudine Hénaff en 1915
Claudine en 1915

Cette jeune femme a dû être très appréciée de ses employeurs, qui la prennent en photo et la placent dans leur album de famille. Ce ne sera pas la seule domestique de cette famille, mais c'est la seule dont je constate un tel souvenir.

Source :

collection personnelle

lundi 26 septembre 2016

Un code secret à décrypter

Hier soir, Frédérique nous a proposé sur Twitter #généalogie une énigme : comprendre ce que le prêtre avait bien pu écrire sur le registre de baptêmes qu'elle consultait, dans le bas de cette page :

code secret
Archives de l'Allier - GG 16 - GANNAT B - page 80/309

Je me suis prise au jeu, c'est vraiment amusant, et j'ai commencé à décrypter. Le premier mot ressemblait bien à "aujourdhuy", même si en regardant l'acte qui précède j'ai eu un doute (il commence par "ce jourdhuy"). Finalement c'était bien "aujourdhuy", ce qui donnait déjà pas mal de lettres.

Pour aider au décodage, j'ai utilisé les notions suivantes :
  • le E est la lettre la plus utilisée de la langue française, il correspondait donc au "z" très utilisé dans le texte
  • le son "i" représente souvent à la fois les lettres I, J et Y, comme le dit Indiana Jones dans "la Dernière Croisade"
  • les doubles lettres peuvent être RR, SS, NN, LL ou MM

J'ai proposé le décryptage suivant :

décryptage

Sophie a traduit aussi de son côté, ajoutant la règle à laquelle je ne pensais plus :
U = V, comme chez les latins.

Elle n'a pas hésité aussi à différencier deux graphies que je pensais identiques et parfois mal tracées :

Ce code est est un L

Celui-là représente le T

Grâce à la grille de transcription établie, nous avons pu aboutir au texte suivant :
Auiourdhuy II ème jeun 1617 sept
trouvé monsieur Lestu mored de
dans son puis et a esté
enterré le 14 eme jour faict
le dict jour et an quedesus
DLUARRUOT I
Soit :
Aujourd'hui 2 juin 1617 s'est (a été)
trouvé monsieur Lestu mort dedans
son puits et a été
enterré le 14ème jour. Fait
le dit jour et an que dessus
J. Tourrauld

Remarquez que pour compliquer les choses, le sens de lecture de la signature est inversé.

Le texte n'est pas parfait ("mored" au lieu de "mort" par exemple) mais on sent que la traduction des symboles n'est pas simple, car il y a des ratures, comme un E (= z) retransformé en A (= I).


Je ne comprends pas bien le sens de "sept" à la première ligne, non plus, à moins qu'il ne faille comprendre "s'est" (il s'est trouvé mort dans son puits).

Pour quelle raison ce code pour un enterrement, et pourquoi le transcrire dans le registre des baptêmes ?

La seule raison qui me vienne à l'esprit est qu'à l'époque il est absolument impensable d'inhumer dans le cimetière un certain type de personne : les suicidés. On a dû savoir que ce pauvre homme s'était de lui-même jeté dans son puits par désespoir, et donc se trouver devant l'impossibilité de l'inhumer normalement.

Le souci a dû perdurer un moment, car Monsieur Lestu est retrouvé le 2 juin, et enterré seulement le 14.

Je pense que le prêtre a eu bon coeur, et finalement accepté d'enterrer son paroissien. Cependant, pour ne pas avoir de soucis, il aura maquillé l'acte, d'une part en ne l'inscrivant pas dans le bon registre, d'autre part en le codant.

L'inhumation s'est peut-être faite de nuit, probablement avec le moins de témoins possible, en tout cas l'acte n'est pas contresigné par des témoins comme c'est l'habitude. En parcourant le même registre, on constate que beaucoup de gens savent signer, donc lire et écrire, et peut-être que le prêtre n'aura pas voulu que même ses paroissiens soient au courant en ayant le regard qui traine lorsqu'ils auraient eu à signer un acte sur la page d'à côté.

D'autre part, personne ne pouvait se rendre compte de cette rédaction anormale, puisqu'à l'époque il n'y avait pas obligation de tenir les registres en double exemplaires (qui sont comparés et paraphés en fin d'année). Cette obligation viendra 50 ans plus tard, en 1667.

D'après le code, ce prêtre s'appelle I. Tourrauld ou plutôt J. Tourrauld : sa signature habituelle, que l'on pourrait lire de prime abord "Fourrauld", dévoile en fait une initiale faite d'un entrecroisement de J et de T.

signature du curé

Personnellement, je me suis vraiment amusée avec cette énigme ! Merci de nous l'avoir proposée !

mardi 12 juillet 2016

1783 : explosion du Laki en Islande

Je viens de tomber sur un très intéressant documentaire d'Arte, qui raconte l'explosion d'un volcan Islandais en 1783, le Laki, et ses conséquences sur toute l'Europe (le documentaire s'appelle "Nuage Mortel").

Le volcan explose le 11 juin 1783, et on apprend qu'un brouillard persistant et très épais se répand ensuite dans l'air et descend sur l'Europe. Ce brouillard est toxique, ses composés sulfurés provoquent une réaction chimique avec l'eau présente en minuscule quantité dans les poumons, et détruisent ces derniers.

Les peuples commencent par observer avec effroi ce brouillard curieux, qui rougit tout, et masque lune et soleil. Puis ceux qui travaillent dehors, comme tous les ouvriers agricoles, et les animaux, sont atteints et succombent en nombre.

Je me suis amusée à regarder dans les registres de Saint-Christophe-du-Luat en Mayenne (53), où je sais mes ancêtres paysans, ce que ça donne à cette période. Les données sont très minces, car le village est tout petit.

J'ai noté les décès en séparant en deux les personnes actives et les personnes inactives (bébés, enfants, vieillards). On peut donc lire qu'à l'été 1783 quatre personnes actives sont mortes, et huit personnes inactives.

AnnéeTrimestre 1Trimestre 2Trimestre 3Trimestre 4
17814/14/32/54/8
17823/127/92/210/13
17832/37/74/84/7
17847/66/70/45/5
17856/61/31/44/2

Malgré le tout petit nombre de décès dans ce village, on constate quand même une différence pour ce fameux été 1783. Les décès sont doublés, alors que c'est habituellement le trimestre où il y en a le moins, où les gens se portent le mieux. Par contre, je ne constate pas d'impact de l'hiver redoutable qui suit, comme le dit le reportage (c'est plutôt l'année précédente, 1782, qui a été très difficile à Saint-Christophe-du-Luat).

On trouve aussi sur Gallica des traces de ce brouillard et des orages intenses qu'il a provoqués à cause de la réfraction des rayons solaires, par exemple dans la Gazette de France :


Gazette de France n°60 du 29 juillet 1783 - vue 269 - Gallica


Gazette de France n°60 du 29 juillet 1783 - vue 270 - Gallica

Gazette de France n°63 du 8 août 1783 - vue 281 - Gallica

Gazette de France n°72 du 9 septembre 1783 - vue 321 - Gallica

Gazette de France n°76 du 23 septembre 1783 - vue 336 - Gallica

Ou dans l'ouvrage de l'Abbé Rozier :

Observation sur la physique, sur l'histoire naturelle et sur les arts - 1771/1793 - abbé Rozier - vue 203 - Gallica

Ou le Journal des Sçavans de cette année-là :

Journal des Sçavans - Paris - 1783 - vues 840 et 841 - Gallica

Ce ne sont que quelques exemples, bien d'autres articles sont visibles à ce sujet.

Si quelqu'un s'amuse à faire la même comparaison que moi dans un lieu de sa généalogie, faites signe !

jeudi 23 juin 2016

Vu dans les registres

Dans les registres de l'église Saint-Sauveur de La Rochelle (17), on peut voir que le curé profite des pages libres pour s'exercer ou s'amuser ! J'ai un gros faible pour le visage esquissé en dernière page du registre de 1682.

gribouillis de curé


gribouillis de curé

gribouillis de curé

gribouillis de curé

Sources :

Département de la Charente-Maritime (17), service des Archives Départementales
registres de La Rochelle - Saint-Sauveur :

- BMS 1678 - page 1 (cote G G 555) pour la première page
- BMS 1682 - pages 1, 2 et 27 (cote G G 559) pour les suivantes
(pas de permaliens disponibles)

vendredi 11 mars 2016

Le métier de chirurgien

Mon ancêtre Louis Jean Baptiste Etienne Baguenier Desormeaux est reçu chirurgien à la faculté d'Angers, le 11 novembre 1790. Il a participé aux guerres de Vendée dans les Mauges, pendant lesquelles il a soigné beaucoup de combattants. Voilà qui m'a poussée à m'intéresser d'un peu plus près à ce métier.

***
Sous l'Ancien Régime, il faut veiller à bien distinguer médecins et chirurgiens. Cette séparation est très ancienne, attestée en 1260 (collège indépendant des chirurgiens de Saint-Côme), confirmée par les lettres royales de Charles VI en 1390.

Médecins

Les médecins font leurs études à l'université, où ils étudient l'enseignement de leurs prédécesseurs. Le doctorat n'est pas toujours nécessaire pour exercer, une licence suffit parfois.

Un second type de doctorat existe : des études plus brèves et des examens plus légers permettent l'obtention d'un doctorat dit "externe" ou "forain", en échange de quoi le postulant renonçait à exercer dans la ville où il avait fait ses études.

Certains postes sont attribués par cooptation, d'autres sur concours.

En 1786, une enquête administrative établit que l'Anjou comporte 45 médecins (dont 13 à Angers même). A titre personnel pour ma généalogie, je suis très intéressée de savoir qu'il y avait un médecin à Candé, Chemillé, Beaupréau.

chirurgien

Chirurgiens

Les chirurgiens sont spécialisés dans l'acte de chirurgie mais aussi d'autres opérations manuelles : blessure, fracture, pansement, accouchement difficile, extraction de dent, saignées, hernies, ligature de varices, trachéotomie...

Ils sont considérés comme des artisans, et même plus ou moins associés aux barbiers pendant très longtemps, et jusqu'en 1691. Ces derniers ont cependant des prérogatives moins étendues (saignées, soin des bosses...) et ne peuvent pratiquer les grandes opérations.

Leur apprentissage se base sur la pratique et sur l'observation. Les candidats peuvent devenir apprentis à 22 ans (20 ans si leur père est maître chirurgien). A l'examen, il est obligatoire qu'un médecin soit membre du jury. Comme pour les médecins, les examens sont plus rapides pour ceux qui veulent exercer dans de petits bourgs.

En 1556, le règlement de Tours stipule qu'ils ne peuvent entreprendre quoi que ce soit sans le conseil et l'ordonnance d'un médecin.

En 1731, un texte précise les modalités de leurs études et de leur exercice, et l'Académie de Chirurgie est créée : ils peuvent utiliser la langue latine, et on exige un diplôme.

On retrouve également une différenciation chez les chirurgiens. La différence s'explique par une durée du stage de compagnonnage, qui suit l'apprentissage, et sur la forme et durée des examens : les maîtres de "grand chef-d’œuvre" (destinés à exercer dans les villes) passaient six épreuves étalées sur plusieurs mois, contre deux pour les maîtres de "légère expérience" (qui s'installeraient dans les bourgs).

Les chirurgiens sont beaucoup plus nombreux que les médecins (284 en Anjou en 1786, contre 45 médecins), et sont organisés en corporations dans les grandes villes (9 membres à Saumur lors de la même enquête de 1786, 5 à La Flèche, 4 à Baugé...). C'est tout logiquement vers eux que se tournent les habitants des petites villes et de la campagne.

outil de chirurgien

Équipement type

Voilà ce qu'on pouvait trouver dans l'outillage du chirurgien, estimé à 20 livres :
- une scie
- un couteau d'opération
- un bistouri
- quelques lancettes à saigner
- des ciseaux
- des pinces
- un rasoir
- une spatule
- un trépan
- une seringue
- des aiguilles à suture
- des outils de dentiste

Rémunération

Voici deux exemples de facturation en 1758 :

- 20 sols le pansement
- 12 livres le bandage élastique

Particularités du chirurgien embarqué

Au XVIIème siècle, les colonies françaises en Amérique augmentant le nombre d'expéditions maritimes, on ressent fortement la nécessité de la présence à bord d'un soigneur. En 1681, une règle est donc édictée : il est obligatoire d'avoir à bord un ou deux chirurgiens, y compris pour les vaisseaux de pêche au long cours. Au début, cette obligation concerne les équipages de plus de 20 hommes, mais comme les armateurs rusent en restreignant l'équipage pour échapper à cette obligation, en 1767 cette règle s'applique à tout navire au long cours, hormis pêche à la baleine et à la morue. Les navires négriers ne sont pas concernés par une quelconque proportion, le nombre de chirurgiens s'appliquant uniquement à l'équipage.

L'armateur fournit le coffre contenant les divers onguents et médicaments, qui sera contrôlé par le chirurgien le plus ancien du lieu où le bateau est armé. Le chirurgien apporte quant à lui ses propres outils.

Le chirurgien reçoit des gages, mais doit soigner gratuitement l'équipage et bien sûr veiller à toute propagation des maladies contagieuses. Il doit présenter une attestation établie par deux chirurgiens examinateurs pour pouvoir embarquer. A partir de 1767, il devra aussi tenir un journal des soins administrés.

Sources

Ouvrages :

- Chirurgiens d'Ancien Régime - E. Vivier - Annales de Normandie - volume 3
- Sous les auspices d'Eole, essai sur les chirurgiens navigans angevins - Bruno Le Bastard
- Institution au droit maritime - Pierre Boucher

Sites internet :

http://medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/divers_institutions/chirurgiens_barbiers.html

jeudi 3 mars 2016

Notaire royal

Plusieurs de mes ancêtres ont pratiqué le métier de notaire royal. J'ai eu envie de me renseigner un peu plus avant sur ce métier, et voici ce que j'ai appris :

Le recours au notaire était très fréquent, puisque la plupart des gens ne savait pas écrire. Le notaire était donc requis pour les contrats de mariage, les testaments ou donation, les actes d'achat et de vente, de mise sous tutelle ou d'émancipation, procuration, contrats de baux, quittances et obligations (reconnaissances de dette), inventaire, etc.

notaire en déplacement

Étymologie

Du latin "notarius" (scribe) et de "nota" (note). Le notaire rédige et conserve des actes auquel sa signature accorde un caractère authentique.

Des  différences selon les régions

Les notaires apparaissent dans le sud de la France, au XIIème siècle, sans doute sous une influence venue d'Italie. Mais longtemps, une grande différence est visible entre le nord et le sud de la France.

Au nord : il existe un droit coutumier et oral (issu des invasions et de la féodalité) fonction des différents territoires (province, évêché, seigneurie), et on observe plusieurs types de notaires :
- les experts en droit : notaires royaux (officiant sur un territoire particulier), notaires apostoliques (investis par le Pape, un archevêque ou un évêque, jusqu'en 1691 où ils sont remplacés par les notaires royaux), notaires du Châtelet de Paris (qui sont les seuls à avoir la compétence d'officier dans tout le royaume), notaires seigneuriaux (aussi appelés "subalternes", qui administrent les biens du fief du seigneur).
- les tabellions, qui sont plutôt des secrétaires, voire des archivistes.

Au sud : un droit écrit est issu du droit romain et des lois de l'empire romain, auquel finissent par adhérer les barbares et les rois francs. Les notaires y étudient le droit à l'université, ceux de Nice vont même étudier à Bologne (Italie) et obtiennent le titre de "docteur des lois". Le notaire garde-scel est habilité à délivrer des copies des actes authentiques.

Les charges sont achetables et peuvent se transmettre héréditairement à partir de 1604, moyennant le versement d'un droit annuel (correspondant à un soixantième de la valeur de leur office, appelé la Paulette, qui sera augmentée à un centième en 1771).

Sous l'Ancien Régime, les notaires rédigent également des actes du type : imposition, secrétariat de communautés diverses (villages etc).

Divers décrets tentent de réglementer et d'unifier le notariat. En 1539, l'ordonnance de Villers-Cotterêts impose la rédaction des contrats en langue française.

Après la Révolution (loi du 6 octobre 1791), l'hérédité des charges notariales est supprimée, de même que les différents notaires. Les notaires deviennent des officiers publics ("notaires publics"), recrutés sur concours et nommés à vie. Leur nombre diminue, et on ne les trouve plus que dans les villes et gros bourgs, ils disparaissent des petits villages. Chaque notaire exerce sur son département. Lors de la transition, tout notaire en fonction qui présentait ses lettres de provision et payait un cautionnement pouvait devenir notaire public.

Les notaires se réunissent en confréries locales.
Infos pratiques :
- en Bretagne, sous l'Ancien Régime, ce sont les greffiers des tribunaux qui procèdent aux inventaires après décès. On trouve donc ces documents dans la série B des archives départementales (cours et juridictions).

Valeur de la charge notariale

Quelques exemples très divers de la valeur d'une charge notariale :
- 1605 - Albi : vente de l'office de Pierre Blanc par sa veuve pour 800 livres
- 1605 - Angers : vente d'un office pour 1 200 livres
- 1605 - Castelviel : vente d'un office pour 165 livres
- 1659 - Arles : transmission d'office entre Me Flour et Me Escoffier pour 4 500 livres payées en 5 ans

Des pré-requis


Pour devenir notaire royal, il faut réunir plusieurs critères, outre l'étude des lois :
- être enfant légitime
- avoir une bonne vie et de bonnes mœurs
- être bon chrétien (de religion catholique, apostolique et romaine)
- avoir 25 ans révolus
- acquérir l'office d'un notaire royal (démission, vente par les héritiers...)
- obtenir des lettres de provision du Roi, l'accord de la juridiction concernée et parfois de la communauté de notaires de la ville

On peut ensuite choisir une marque (un logo) et une devise.

La vie d'un notaire

Avant la Révolution, les notaires avaient une vie très différente des notaires d'aujourd'hui : la majorité de leurs actes était rédigée à l'extérieur, principalement chez les contractants, et à des horaires très variés. Après la Révolution au contraire, ce sont les contractants qui se déplacent dans les études (sauf exception).

A l'époque, le notaire peut être parfois payé en nature par ses clients.

plume et encre

Détail de certains actes

Les notaires ont l'obligation, depuis 1979, de déposer aux archives départementales les minutes et répertoires de plus de 100 ans. Les actes les plus courants que l'on peut y trouver sont une mine d'information.

Le contrat de mariage

Dans l'Ancien Régime, presque toutes les femmes recevaient une dot lors de leur mariage. En général, cette dot était composée d'une somme d'argent (presque toujours payée annuellement, par tantième, à la Saint-Michel, pendant plus de dix ans, même par les familles aisées). La dot est parfois très difficile à acquitter, surtout s'il y a plusieurs filles dans la famille, et parfois cette somme d'argent est remplacée par le don d'une terre (dation). La réception annuelle de cette somme d'argent faisait l'objet d'un acte notarié : la quittance de dot (en général reçue par le marié ou son père).

Après la Révolution, avec le changement des mentalités, la dot entre en désuétude.
Infos pratiques :
  • le contrat de mariage indique la filiation des fiancés, leurs apports à la communauté (numéraire, biens meubles ou immeubles...) ce qui donne une idée de leur fortune.
  • la quittance de dot indique en général le lieu de naissance de la mariée, et permet de se rendre compte de la fortune de la famille.
  • on peut vérifier aux archives si un ancêtre a contracté avant le mariage, en consultant la série Q (registres d'enregistrement des actes, qui indique la date, le nom des parties et le notaire concerné).
  • les minutes sont déposées aux archives série E.

Le testament

Sous l'Ancien Régime, pratiquement tout le monde testait (sauf mort brutale et prématurée). Le patrimoine était très important pour chacun, et devait être transmis de façon à ne pas être amoindri ou dilapidé.

Le testament était rédigé lorsqu'on tombait malade ou qu'on se sentait vieux (attention cette notion est relative, vu l'espérance de vie selon les époques), ou bien avant d'entreprendre un voyage (guerre, pèlerinage, etc).

Il peut y avoir plusieurs testaments successifs par personne, selon les modifications de la famille (décès de certains membres, remariage...).

Un testament est toujours rédigé de la même façon :
- date, heure et lieu
- état mental du testateur certifiant son aptitude à tester
- legs religieux éventuels (messes, dons divers)
- spécification quant à la cérémonie de funérailles et l'inhumation
- legs particuliers (représentant au maximum 3/4 de l'actif successoral) : à la conjointe survivante (usufruit des biens, restitution de dot...), aux files mariées (petites sommes), aux filles nubiles (future dot), aux fils qui ne sont pas héritiers universels
- héritier universel : soit à l'aîné, soit un partage entre plusieurs fils (et parfois filles)
- liste des témoins
- signatures

L'inventaire après décès

Très intéressant pour situer la famille sur le plan financier, cet acte liste les biens à partager après un décès, avec leur valeur pécuniaire. Il donne une idée du train de vie et du cadre de vie. On peut le trouver lié aux actes de succession.

Vocabulaire du métier

Brouillard : projet d'acte.

Brève : résumé d'un acte notarié.

Codicille : ajout à un testament, pour une modification mineure ou un oubli.

Étendue : "brève", accompagnée des considérations personnelles du notaire.

Grosse : copie de l'acte notarié, remis aux parties contractantes.

Insinuation : copie d'acte, envoyé par le notaire à un Insinuateur (représentant du pouvoir central), pour laquelle il faut payer un droit d'enregistrement. En France : il s'agit d'un résumé de la minute.

Minute : original d'un acte notarié, signé par les parties, les témoins et le ou les notaires. Les minutes sont conservées chez le notaire. Elles peuvent comporter des abréviations.

Testament nuncupatif : déclaration orale devant témoins, transcrite par le notaire (le plus fréquent).

Testament olographe : déclaration écrite par le testateur, datée et signée (rare).

Sources

Ouvrage :

L'historien et l'activité notariale : Provence, Vénétie, Egypte, XVe-XVIIIe siècle - Gabriel Audisio

Sites internet :

http://archives.cotesdarmor.fr/pdf/3_E_1-historique_notariat.pdf ( /!\ PDF ) c'est un magnifique travail instructif de Josette Thomel
http://archives.cotesdarmor.fr/pdf/3_E_1-historique_notariat.pdf ( /!\ PDF )
http://www.vieuxmetiers.org/lettre_n.htm
http://archivesnotaires.tarn.fr/index.php?id=5247
http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article398
http://cahiersdumezenc.free.fr/cahiers/extraits/06/pages-37-48.pdf

vendredi 19 février 2016

Mathurine Patry (1676 - 1746)

Mathurine est mon Sosa 449, et la première personne qui m'ait vraiment tapé dans l'oeil en remontant mon arbre. J'ai pour elle un sentiment très particulier. Je descends deux fois de Mathurine, par deux de ses arrières-petits-fils :

Mathurine Patry
|
Julien Baguenier
|
Louis Jean Baptiste Etienne Baguenier Desormeaux
______________|_____________
|                                                                        |
Julien Louis Bag. Des.                          Louis Joseph Bag. Des.
|                                                                         |
Marie Louise Victoire Bag. Des.                   Charles Auguste Bag.Des.
|                                                                        |
Louise Marie Jacquine Dureau                         |                 
|                                                                        |
Stéphanie Edith Marie Monfort ------  +  --------- Pierre Louis Henri Bag. Des.
|
ma grand-mère
|
ma mère
|
moi

Origine

Les parents de Mathurine sont tous deux originaires du département de la Mayenne (53). Son père, Julien Patry, est né à Sainte-Suzanne, et sa mère, Mathurine Eloy, est née non loin, à Assé-le-Béranger.

Sainte-Suzanne et Assé-le-Béranger

Ils se sont installés après leur mariage à Evron, la plus importante bourgade de l'endroit.

auteur de la reproduction G.Garitan
Evron est une commune de bonne taille (environ 2 800 habitants en 1700, 3 314 en 1793), qui s’enorgueillit d'une grande abbaye avec une belle basilique, Notre-Dame de l’Épine, alors construite depuis plusieurs siècles. Une partie de l'Abbaye est en travaux de 1726 à 1744, peut-être Mathurine a-t-elle vu une partie de ces travaux. On cultive aux alentours du lin et du chanvre, et les toiles produites à Evron sont renommées.

Enfance

Mathurine naît sous le règne de Louis XIV, le 6 janvier 1676, une année qui connaîtra un été caniculaire et un hiver très froid, auxquels elle survit. Elle est la quatrième d'une fratrie de huit enfants, et la première fille (c'est sans doute pour cela qu'elle hérite du prénom de sa mère et de sa grand-mère maternelle, tout comme son frère aîné a hérité du prénom de leur père, Julien). Dans cette famille, un enfant naît tous les deux ans.

Elle ne sait pas signer, et n'apprendra jamais à écrire.

Sa mère, Mathurine Eloy, meurt en avril 1689, quand Mathurine a 13 ans. Elle doit sûrement beaucoup participer au ménage et aux travaux des champs, et aider à élever ses frères et sœurs. L'année suivante, son père se remarie avec Charlotte Letourneux, qui lui donnera deux autres fils.

La famille vit sûrement une période difficile en 1693/1694 avec une grande famine qui touche la France, suite à une pluviométrie inhabituelle qui gâche les récoltes. Cette famine fait partie des conséquences de ce qu'on appelle "le petit âge glaciaire", qui durera jusque vers 1850.

La famille de Mathurine se fait sûrement du souci l'année suivante, car à cause des guerres de Louis XIV qui coûtent fort cher on établit un nouvel impôt : la capitation. Il consiste en un impôt versé par habitant, selon une vingtaine de tranches établies. Même si la famille Patry fait partie d'une des tranches qui paie le moins, il est sûrement difficile de payer cette somme alors que les cultures ne sont pas bonnes. Cet impôt est établi pour trois ans, puis interrompu quelques années avant d'être rétabli. Des évènements du règne de Louis XIV, la capitation est sûrement celui qui aura le plus d'impact sur la famille de Mathurine.

En 1696, on sait qu'elle habite avec son père Julien Patry, dans la paroisse de Châtres (devenue Châtres-la-Forêt - 53), ils ont donc déménagé depuis sa naissance.

l'enfance de Mathurine

Mariage

Le 6 mars 1696, année de ses 20 ans, elle épouse Julien Baguenier à Livet (53). A l'époque, son futur époux est journalier. Les parents de Julien Baguenier sont déjà morts, de même que la mère de Mathurine. Son père Julien Patry est présent au mariage, ainsi que son frère, aussi prénommé Julien. Sa belle-sœur, Michelle Baguenier, est aussi présente à la cérémonie.

On remarque qu'il y a beaucoup de Julien dans la vie de Mathurine (son père, son frère, son mari...), c'est un prénom très répandu en Mayenne à cette époque.

En 1697, le couple habite Livet (53), et Julien Baguenier est parrain de René, le neveu de Mathurine (fils de son frère Julien).

Les affaires du couple doivent plutôt bien tourner, puisque quelques années plus tard on les retrouve habitant à Saint-Christophe-du-Luat (53).

Environnement

Saint-Christophe-du-Luat est un autre petit bourg (951 habitants en 1793) dépendant de la baronnie d'Evron et du bailliage de Sainte-Suzanne, qui connaîtra des remous contre-révolutionnaires (rébellion bien vite matée). Au XVIIème siècle il est en pleine expansion : on y installe des fours à chaux, et des mines de fer s'ouvrent.

Les instituteurs de Mayenne ont chacun réalisé en 1899 une description de la localité dans laquelle ils enseignaient. C'est une mine de renseignements, et même si l'époque ne correspond pas, on y apprend beaucoup de choses sur les lieux. Leurs récits disent qu'il y a beaucoup de sangliers dans cette région. Les loups (disparus en 1900) sont probablement encore là à l'époque de Mathurine, et l'endroit compte également quantité de renards qui viennent piller les fermes. Les vents dominants viennent du sud-ouest, et apportent en général la pluie. Mais du 20 avril au 10 mai soufflent les vents du nord-ouest, froids et piquants, appelés "vingtaine aux bonnes-femmes", qui font souffrir les premières pousses.

Les Baguenier habitent une ferme, la Grande Roussière, arrosée par la rivière des Plantes bordée de magnifiques peupliers, et non loin d'une fontaine à l'usage des fermes proches (fontaine envahie par l'eau de la rivière à la moindre crue). Mathurine est voisine de Jacques Fouassier et Marie Le Balleur, qui sont closiers à la Petite Roussière1. Non loin de là se trouvent une maison pour les lépreux, et une carrière de chaux. Cette ferme est située sur des terres argileuses et calcaires, à la terre riche et profonde, propice au froment et d'un bon rendement, d'après l'instituteur local de 1900. S'ils ont des vaches, c'est probablement de race Mancelle. Les terres trop humides ne sont apparemment pas bonnes pour les moutons. On trouve aussi des porcs, et les poules de la race locale sont d'excellentes pondeuses. Les champs sont bordés de chênes étêtés, qui donnent du bois de chauffage. Les marchés d'Evron et de Montsûrs doivent écouler la production des Baguenier, de même que la foire de Sainte-Suzanne. Le blé doit être apporté au seul moulin du pays, situé à la Motte, à mi-chemin de la ferme de la Grande Roussière et de Brée. Peut-être travaillent-ils le lin, qui sert à fabriquer les toiles bien connues de Mayenne (c'est en 1750 que le tissage atteint son apogée dans cette région, et 50% des cultivateurs de Saint-Christophe-du-Luat en cultive au XVIIIème siècle).

Si Julien Baguenier a le temps de chasser, il tire sûrement des cailles, perdrix rouges, lapins et lièvres, voir quelques chevreuils.

Vie de famille

La famille s'agrandit bientôt. Vers 1698, Mathurine accouche de son premier enfant : une fille, qu'on prénomme Julienne. C'est une année difficile, avec des pluies très abondantes et des inondations, qui doivent beaucoup compliquer la tâche des jeunes parents dans leur travail.

Mathurine a cependant les moyens d'avoir une servante. Cette pauvre femme, qui a le même prénom (Mathurine Aubry), meurt à la Roussière le 20 avril 1699. Mathurine et son mari assistent à l'enterrement.

Le 5 février 1701, le couple se rend au mariage du petit frère de Mathurine : Jean Patry. C'est l'année où l'impôt appelé Capitation est rétabli, il dure jusqu'en 1791. Cette fois-ci c'est à Mathurine et à son mari de payer cet impôt en fonction des occupants de leur maison.

En novembre 1702, leur second enfant naît : un fils, qui est logiquement appelé Julien. Mathurine choisit pour parrain de son fils son frère René Patry. Elle est probablement très proche de ce frère, qui lui est le plus rapproché en âge (il a deux ans de moins qu'elle). C'est sans doute grâce à leur aisance matérielle que Julien apprend à écrire et fera des études. Il est dit "escholier" (étudiant en droit et en théologie) pendant une période (au moins de 1714 à 1716). Il est vraisemblablement le seul des enfants à savoir signer.

naissance des enfants

Leur seconde fille naît en 1704 : Mathurine, qui reprend le prénom des femmes de la lignée maternelle. Le grand-père du bébé, Julien Patry, sera son parrain.

La vie est toujours aussi difficile. La canicule succède aux hivers très froids qui gêlent les vignes là où on les exploite, et aux longues pluies. La maladie fait des ravages dans la population.

Trois ans plus tard, une nouvelle petite sœur : Michelle. Catherine Patry, sœur de Mathurine, est marraine. L'organisation doit commencer à être un peu difficile pour les parents, avec ces enfants petits qui ne peuvent pas encore vraiment aider à la marche de la ferme.

L'année suivante, en avril, il est possible que Mathurine se soit rendue à Évron pour le mariage de son frère René. Comme elle ne signe pas et n'est pas témoin, il n'y a pas mention de son nom dans l'acte de mariage.

En 1709, naît une nouvelle fille, Perrine, qui reçoit en second prénom Mathurine, sûrement car sa soeur aînée Mathurine est morte quelques mois plus tôt. Elle survit au terrible hiver très rigoureux de cette année-là, qui fait geler le vin jusque sur la table du Roi Louis XIV, et qui provoque ensuite une crise économique dont certainement la famille pâtit.

Deux ans plus tard, la petite Rose vient au monde. Sa marraine est sa grande sœur Julienne, qui est donc âgée de 13 ans.

Louis XIV meurt le 1er septembre 1715, la nouvelle doit arriver en Mayenne quelques jours plus tard. Son arrière-petit-fils Louix XV n'a que cinq ans, et c'est le neveu de Louis XIV, Philippe d'Orléans, qui assure la régence. Ce dernier rétablira la paix, et diminuera les impôts très lourds à cette époque.

En 1716, vient au jour une nouvelle Mathurine, probablement pour que ce prénom reste porté dans la nouvelle génération suite à la mort de ses soeurs éponymes. Son parrain est son grand frère Julien.

Et finalement en 1718, un second garçon naît : François, dernier enfant du couple. Mathurine aura survécu à huit accouchements, à une époque où la mortalité maternelle est très élevée.

Un évènement peu banal

Mathurine participe à un évènement qui doit sûrement l'avoir marquée, évènement dont on peut deviner l'histoire grâce au un acte de baptême que l'on peut retrouver sur le site des archives de Mayenne.

En effet, le 21 décembre 1707 est baptisé Pierre Chardon, né du matin même. Il est l'enfant d'une "pauvre femme qui mendie du pain, qui a accouché dans la grange de la grande Roussière". La mère explique qu'elle s'appelle Renée Leroy, et que l'enfant n'a plus de père car ce dernier, Simon Chardon, est décédé. Elle doit en être réduite à mendier sur les routes depuis la mort de son mari.

On découvre que Mathurine, "fermière de la Roussière", est marraine de cet enfant. On peut imaginer que c'est elle qui a accueilli la mendiante enceinte, lui a offert le gîte dans sa grange, et l'a peut-être aidée à accoucher, en remerciement de quoi la mendiante lui a demandé d'être marraine de son enfant. Le parrain est un domestique travaillant à la Roussière, René Brehin (autre indication du niveau de vie de Mathurine, à qui on connaissait déjà une servante).

naissance de Pierre Chardon

Les coutumes locale

A Saint-Christophe-du-Luat, l'instituteur de 1900 parle dans sa monographie des coutumes locales, qui existaient certainement depuis l'époque de Mathurine.

Il décrit de la Fête de la Gerbe, qui était l'occasion de célébrer avec beaucoup d'apparat la rentrée de la dernière charrette après les moissons.

Juste après Pâques, Mathurine devait probablement, comme toutes les fermières, remettre au sacristain les oeufs de Pâques, quand il passait de ferme en ferme.

La veille de Noël, elle donnait certainement à ses domestiques des cadeaux, qu'ils emportaient pour leur jour de congé où il leur était permis de se rendre dans leur famille. Mathurine devait confectionner le conuau : un pain dans lequel on ajoutait des pommes, du lait, et d'autres douceurs. Au déjeuner, on mange par tradition une soupe à la citrouille, de la morue ou des salsifis.

Avec la nouvelle année, Mathurine devait faire l'aumône aux indigents qui parcouraient la commune et les bourgs.

Elle a peut-être participé aussi à des charivaris, grandes agitations à l'occasion du remariage d'un veuf ou d'une veuve.

Les peines de Mathurine

Mathurine a la douleur d'enterrer plusieurs de ses enfants, la première étant Michelle, âgée de moins de deux ans, le 4 mars 1709. Michelle a dû mourir d'une maladie contagieuse, car quelques jours plus tard, le 11 mars, sa sœur Mathurine (5 ans) meurt à son tour.

Le père de Mathurine meurt l'année suivante, en 1710, et est enterré à Saint-Christophe-du-Luat (53). Mathurine assiste à l'enterrement en compagnie de ses frères et sœur. On ignore si son père était venu habiter là (il demeurait à Châtres-la-Forêt quelques temps auparavant) ou s'il est mort lors d'une visite.

En 1713, une troisième fille de Mathurine, Perrine, meurt à son tour, âgée de 4 ans.

Puis, en 1719, le petit François, second fils du couple, qui n'a que 11 mois. C'est l'année d'une grande canicule, de sècheresse et de maladies.

Julien Baguenier, le mari de Mathurine, meurt en octobre 1723, à 60 ans. Cette mort doit poser beaucoup de problèmes à Mathurine, outre son chagrin. Leurs deux aînés ont 25 et 21 ans, et leurs deux plus jeunes filles survivantes, Rose et Mathurine ont 12 et 7 ans. Mathurine doit avoir du mal à tenir la ferme sans son mari, même si leur fils Julien aide ses parents depuis plusieurs années, ayant peut-être dû abandonner ses études à cause de la santé de son père: escholier quelques années auparavant, il est dit garçon laboureur en 1716 (toujours à Saint-Christophe-du-Luat) lors du baptême de sa petite sœur. Étant le seul fils encore en vie et vu son âge, il est sans doute le soutien de toute la famille.

Les bonheurs de Mathurine

En 1728, Mathurine se rend avec son fils Julien à Châtres-la-Forêt (commune toute proche à l'Est), au mariage de sa fille aînée Julienne, qui épouse Mathurin Milcent (un veuf de 40 ans, serrurier, et plus tard maréchal). Mathurine et Julien sont tous deux témoins de Julienne, et habitent toujours Saint-Christophe-du-Luat. Le métier de son gendre doit rassurer Mathurine, le maréchal ferrant étant sûr de son revenu, seul apte à ferrer, panser et soigner les chevaux et les bœufs. Il est différent du forgeron, c'est plutôt l'ancêtre du vétérinaire. Mathurin Milcent est peut-être tout de même forgeron également, puisqu'il sait travailler le métal, assez habilement pour faire des serrures. Il est assez éduqué puisqu'il sait signer.

la Grande Roussière

Un grand bonheur sans doute le 8 mars 1730 : la naissance de son premier petit-enfant, une fille, Julienne Milcent. Mathurine a peut-être assisté sa fille Julienne lors de l'accouchement, en tout cas elle est sur place le jour-même, à Châtres-la-Forêt, où elle est marraine de la petite Julienne, qui est baptisée aussitôt.

L'année suivante, toujours dans le même foyer, naît un garçon, nommé Mathurin comme son père. Cette fois c'est son oncle Julien Baguenier qui est parrain. En 1733 un autre garçon arrive chez les Milcent : Jean-Baptiste.

Quelques années plus tard, le 1er septembre 1740, c'est sa plus jeune fille, Mathurine, qui épouse Pierre Provost à Brée. Mathurine est présente et témoin, de même que son fils Julien et son gendre Mathurin Milcent. Ce doit être l'occasion d'une belle réunion de famille.

décès

Mort

Mathurine a déménagé encore une fois, puisqu'en 1742, alors qu'elle est marraine d'une petite fille, elle habite au château de Brée. On ignore si elle y pratique toujours sa profession de fermière.

C'est à Brée qu'elle meurt le 11 mars 1746, à l'âge de 70 ans, et est enterrée le lendemain. Son frère René, sa fille Julienne, son gendre Pierre Provost assistent à son inhumation. Son fils Julien ne semble pas présent.

Sources

Sites internet :

archives de Mayenne (53) en ligne
http://www.evron.fr/
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89vron
http://www.saintchristopheduluat.mairie53.fr
https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Christophe-du-Luat
http://chateaudesaintesuzanne.fr/images/pdf_guides/abbaye_evron.pdf ( /!\ PDF)
archives de Mayenne : monographie communale de Saint-Christophe-du-Luat
https://www.cairn.info/revue-histoire-economie-et-societe-2011-3-page-29.htm



1. St-Christophe-du-Luat - BMS 1731-1750 - page 137 droite

lundi 1 février 2016

Un peu plus sur moi

Je suis tombée dans la généalogie étant enfant, chez mes grands-parents maternels. J'ai toujours aimé consulter les vieilles photos et écouter les histoires de famille, j'ai pu déplier et parcourir des arbres généalogiques sur papier d'architecte rédigés par un grand-oncle, noter des informations sur des petits carnets, et dès que j'en ai eu les moyens j'ai acheté mon premier logiciel de généalogie pour essayer de tout mettre au propre.

Depuis, j'y travaille quand j'ai le temps, et surtout quand j'ai du calme autour de moi. Je n'ai pas les moyens pour l'instant d'acheter des livres qui m'intéresseraient beaucoup pour compléter l'histoire des régions où ont vécu mes ancêtres, ni de m'inscrire aux clubs généalogiques correspondants, mais c'est une chose que j'apprécie dans cette activité : on peut la pratiquer sans dépenser des sommes folles.

Ce blog n'est pas le premier que j'y consacre, mais c'est le premier qui soit public, dans l'espoir de trouver par ce biais des cousinages éloignés, qui pourront peut-être compléter les informations que j'ai de mon côté. N'hésitez pas à me faire signe si vous êtes dans ce cas. Je ne développe pas les branches collatérales de mon arbre, mais les échanges d'informations m'intéressent toujours.