vendredi 19 février 2016

Mathurine Patry (1676 - 1746)

Mathurine est mon Sosa 449, et la première personne qui m'ait vraiment tapé dans l'oeil en remontant mon arbre. J'ai pour elle un sentiment très particulier. Je descends deux fois de Mathurine, par deux de ses arrières-petits-fils :

Mathurine Patry
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Julien Baguenier
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Louis Jean Baptiste Etienne Baguenier Desormeaux
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Julien Louis Bag. Des.                          Louis Joseph Bag. Des.
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Marie Louise Victoire Bag. Des.                   Charles Auguste Bag.Des.
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Louise Marie Jacquine Dureau                         |                 
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Stéphanie Edith Marie Monfort ------  +  --------- Pierre Louis Henri Bag. Des.
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ma grand-mère
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ma mère
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moi

Origine

Les parents de Mathurine sont tous deux originaires du département de la Mayenne (53). Son père, Julien Patry, est né à Sainte-Suzanne, et sa mère, Mathurine Eloy, est née non loin, à Assé-le-Béranger.

Sainte-Suzanne et Assé-le-Béranger

Ils se sont installés après leur mariage à Evron, la plus importante bourgade de l'endroit.

auteur de la reproduction G.Garitan
Evron est une commune de bonne taille (environ 2 800 habitants en 1700, 3 314 en 1793), qui s’enorgueillit d'une grande abbaye avec une belle basilique, Notre-Dame de l’Épine, alors construite depuis plusieurs siècles. Une partie de l'Abbaye est en travaux de 1726 à 1744, peut-être Mathurine a-t-elle vu une partie de ces travaux. On cultive aux alentours du lin et du chanvre, et les toiles produites à Evron sont renommées.

Enfance

Mathurine naît sous le règne de Louis XIV, le 6 janvier 1676, une année qui connaîtra un été caniculaire et un hiver très froid, auxquels elle survit. Elle est la quatrième d'une fratrie de huit enfants, et la première fille (c'est sans doute pour cela qu'elle hérite du prénom de sa mère et de sa grand-mère maternelle, tout comme son frère aîné a hérité du prénom de leur père, Julien). Dans cette famille, un enfant naît tous les deux ans.

Elle ne sait pas signer, et n'apprendra jamais à écrire.

Sa mère, Mathurine Eloy, meurt en avril 1689, quand Mathurine a 13 ans. Elle doit sûrement beaucoup participer au ménage et aux travaux des champs, et aider à élever ses frères et sœurs. L'année suivante, son père se remarie avec Charlotte Letourneux, qui lui donnera deux autres fils.

La famille vit sûrement une période difficile en 1693/1694 avec une grande famine qui touche la France, suite à une pluviométrie inhabituelle qui gâche les récoltes. Cette famine fait partie des conséquences de ce qu'on appelle "le petit âge glaciaire", qui durera jusque vers 1850.

La famille de Mathurine se fait sûrement du souci l'année suivante, car à cause des guerres de Louis XIV qui coûtent fort cher on établit un nouvel impôt : la capitation. Il consiste en un impôt versé par habitant, selon une vingtaine de tranches établies. Même si la famille Patry fait partie d'une des tranches qui paie le moins, il est sûrement difficile de payer cette somme alors que les cultures ne sont pas bonnes. Cet impôt est établi pour trois ans, puis interrompu quelques années avant d'être rétabli. Des évènements du règne de Louis XIV, la capitation est sûrement celui qui aura le plus d'impact sur la famille de Mathurine.

En 1696, on sait qu'elle habite avec son père Julien Patry, dans la paroisse de Châtres (devenue Châtres-la-Forêt - 53), ils ont donc déménagé depuis sa naissance.

l'enfance de Mathurine

Mariage

Le 6 mars 1696, année de ses 20 ans, elle épouse Julien Baguenier à Livet (53). A l'époque, son futur époux est journalier. Les parents de Julien Baguenier sont déjà morts, de même que la mère de Mathurine. Son père Julien Patry est présent au mariage, ainsi que son frère, aussi prénommé Julien. Sa belle-sœur, Michelle Baguenier, est aussi présente à la cérémonie.

On remarque qu'il y a beaucoup de Julien dans la vie de Mathurine (son père, son frère, son mari...), c'est un prénom très répandu en Mayenne à cette époque.

En 1697, le couple habite Livet (53), et Julien Baguenier est parrain de René, le neveu de Mathurine (fils de son frère Julien).

Les affaires du couple doivent plutôt bien tourner, puisque quelques années plus tard on les retrouve habitant à Saint-Christophe-du-Luat (53).

Environnement

Saint-Christophe-du-Luat est un autre petit bourg (951 habitants en 1793) dépendant de la baronnie d'Evron et du bailliage de Sainte-Suzanne, qui connaîtra des remous contre-révolutionnaires (rébellion bien vite matée). Au XVIIème siècle il est en pleine expansion : on y installe des fours à chaux, et des mines de fer s'ouvrent.

Les instituteurs de Mayenne ont chacun réalisé en 1899 une description de la localité dans laquelle ils enseignaient. C'est une mine de renseignements, et même si l'époque ne correspond pas, on y apprend beaucoup de choses sur les lieux. Leurs récits disent qu'il y a beaucoup de sangliers dans cette région. Les loups (disparus en 1900) sont probablement encore là à l'époque de Mathurine, et l'endroit compte également quantité de renards qui viennent piller les fermes. Les vents dominants viennent du sud-ouest, et apportent en général la pluie. Mais du 20 avril au 10 mai soufflent les vents du nord-ouest, froids et piquants, appelés "vingtaine aux bonnes-femmes", qui font souffrir les premières pousses.

Les Baguenier habitent une ferme, la Grande Roussière, arrosée par la rivière des Plantes bordée de magnifiques peupliers, et non loin d'une fontaine à l'usage des fermes proches (fontaine envahie par l'eau de la rivière à la moindre crue). Mathurine est voisine de Jacques Fouassier et Marie Le Balleur, qui sont closiers à la Petite Roussière1. Non loin de là se trouvent une maison pour les lépreux, et une carrière de chaux. Cette ferme est située sur des terres argileuses et calcaires, à la terre riche et profonde, propice au froment et d'un bon rendement, d'après l'instituteur local de 1900. S'ils ont des vaches, c'est probablement de race Mancelle. Les terres trop humides ne sont apparemment pas bonnes pour les moutons. On trouve aussi des porcs, et les poules de la race locale sont d'excellentes pondeuses. Les champs sont bordés de chênes étêtés, qui donnent du bois de chauffage. Les marchés d'Evron et de Montsûrs doivent écouler la production des Baguenier, de même que la foire de Sainte-Suzanne. Le blé doit être apporté au seul moulin du pays, situé à la Motte, à mi-chemin de la ferme de la Grande Roussière et de Brée. Peut-être travaillent-ils le lin, qui sert à fabriquer les toiles bien connues de Mayenne (c'est en 1750 que le tissage atteint son apogée dans cette région, et 50% des cultivateurs de Saint-Christophe-du-Luat en cultive au XVIIIème siècle).

Si Julien Baguenier a le temps de chasser, il tire sûrement des cailles, perdrix rouges, lapins et lièvres, voir quelques chevreuils.

Vie de famille

La famille s'agrandit bientôt. Vers 1698, Mathurine accouche de son premier enfant : une fille, qu'on prénomme Julienne. C'est une année difficile, avec des pluies très abondantes et des inondations, qui doivent beaucoup compliquer la tâche des jeunes parents dans leur travail.

Mathurine a cependant les moyens d'avoir une servante. Cette pauvre femme, qui a le même prénom (Mathurine Aubry), meurt à la Roussière le 20 avril 1699. Mathurine et son mari assistent à l'enterrement.

Le 5 février 1701, le couple se rend au mariage du petit frère de Mathurine : Jean Patry. C'est l'année où l'impôt appelé Capitation est rétabli, il dure jusqu'en 1791. Cette fois-ci c'est à Mathurine et à son mari de payer cet impôt en fonction des occupants de leur maison.

En novembre 1702, leur second enfant naît : un fils, qui est logiquement appelé Julien. Mathurine choisit pour parrain de son fils son frère René Patry. Elle est probablement très proche de ce frère, qui lui est le plus rapproché en âge (il a deux ans de moins qu'elle). C'est sans doute grâce à leur aisance matérielle que Julien apprend à écrire et fera des études. Il est dit "escholier" (étudiant en droit et en théologie) pendant une période (au moins de 1714 à 1716). Il est vraisemblablement le seul des enfants à savoir signer.

naissance des enfants

Leur seconde fille naît en 1704 : Mathurine, qui reprend le prénom des femmes de la lignée maternelle. Le grand-père du bébé, Julien Patry, sera son parrain.

La vie est toujours aussi difficile. La canicule succède aux hivers très froids qui gêlent les vignes là où on les exploite, et aux longues pluies. La maladie fait des ravages dans la population.

Trois ans plus tard, une nouvelle petite sœur : Michelle. Catherine Patry, sœur de Mathurine, est marraine. L'organisation doit commencer à être un peu difficile pour les parents, avec ces enfants petits qui ne peuvent pas encore vraiment aider à la marche de la ferme.

L'année suivante, en avril, il est possible que Mathurine se soit rendue à Évron pour le mariage de son frère René. Comme elle ne signe pas et n'est pas témoin, il n'y a pas mention de son nom dans l'acte de mariage.

En 1709, naît une nouvelle fille, Perrine, qui reçoit en second prénom Mathurine, sûrement car sa soeur aînée Mathurine est morte quelques mois plus tôt. Elle survit au terrible hiver très rigoureux de cette année-là, qui fait geler le vin jusque sur la table du Roi Louis XIV, et qui provoque ensuite une crise économique dont certainement la famille pâtit.

Deux ans plus tard, la petite Rose vient au monde. Sa marraine est sa grande sœur Julienne, qui est donc âgée de 13 ans.

Louis XIV meurt le 1er septembre 1715, la nouvelle doit arriver en Mayenne quelques jours plus tard. Son arrière-petit-fils Louix XV n'a que cinq ans, et c'est le neveu de Louis XIV, Philippe d'Orléans, qui assure la régence. Ce dernier rétablira la paix, et diminuera les impôts très lourds à cette époque.

En 1716, vient au jour une nouvelle Mathurine, probablement pour que ce prénom reste porté dans la nouvelle génération suite à la mort de ses soeurs éponymes. Son parrain est son grand frère Julien.

Et finalement en 1718, un second garçon naît : François, dernier enfant du couple. Mathurine aura survécu à huit accouchements, à une époque où la mortalité maternelle est très élevée.

Un évènement peu banal

Mathurine participe à un évènement qui doit sûrement l'avoir marquée, évènement dont on peut deviner l'histoire grâce au un acte de baptême que l'on peut retrouver sur le site des archives de Mayenne.

En effet, le 21 décembre 1707 est baptisé Pierre Chardon, né du matin même. Il est l'enfant d'une "pauvre femme qui mendie du pain, qui a accouché dans la grange de la grande Roussière". La mère explique qu'elle s'appelle Renée Leroy, et que l'enfant n'a plus de père car ce dernier, Simon Chardon, est décédé. Elle doit en être réduite à mendier sur les routes depuis la mort de son mari.

On découvre que Mathurine, "fermière de la Roussière", est marraine de cet enfant. On peut imaginer que c'est elle qui a accueilli la mendiante enceinte, lui a offert le gîte dans sa grange, et l'a peut-être aidée à accoucher, en remerciement de quoi la mendiante lui a demandé d'être marraine de son enfant. Le parrain est un domestique travaillant à la Roussière, René Brehin (autre indication du niveau de vie de Mathurine, à qui on connaissait déjà une servante).

naissance de Pierre Chardon

Les coutumes locale

A Saint-Christophe-du-Luat, l'instituteur de 1900 parle dans sa monographie des coutumes locales, qui existaient certainement depuis l'époque de Mathurine.

Il décrit de la Fête de la Gerbe, qui était l'occasion de célébrer avec beaucoup d'apparat la rentrée de la dernière charrette après les moissons.

Juste après Pâques, Mathurine devait probablement, comme toutes les fermières, remettre au sacristain les oeufs de Pâques, quand il passait de ferme en ferme.

La veille de Noël, elle donnait certainement à ses domestiques des cadeaux, qu'ils emportaient pour leur jour de congé où il leur était permis de se rendre dans leur famille. Mathurine devait confectionner le conuau : un pain dans lequel on ajoutait des pommes, du lait, et d'autres douceurs. Au déjeuner, on mange par tradition une soupe à la citrouille, de la morue ou des salsifis.

Avec la nouvelle année, Mathurine devait faire l'aumône aux indigents qui parcouraient la commune et les bourgs.

Elle a peut-être participé aussi à des charivaris, grandes agitations à l'occasion du remariage d'un veuf ou d'une veuve.

Les peines de Mathurine

Mathurine a la douleur d'enterrer plusieurs de ses enfants, la première étant Michelle, âgée de moins de deux ans, le 4 mars 1709. Michelle a dû mourir d'une maladie contagieuse, car quelques jours plus tard, le 11 mars, sa sœur Mathurine (5 ans) meurt à son tour.

Le père de Mathurine meurt l'année suivante, en 1710, et est enterré à Saint-Christophe-du-Luat (53). Mathurine assiste à l'enterrement en compagnie de ses frères et sœur. On ignore si son père était venu habiter là (il demeurait à Châtres-la-Forêt quelques temps auparavant) ou s'il est mort lors d'une visite.

En 1713, une troisième fille de Mathurine, Perrine, meurt à son tour, âgée de 4 ans.

Puis, en 1719, le petit François, second fils du couple, qui n'a que 11 mois. C'est l'année d'une grande canicule, de sècheresse et de maladies.

Julien Baguenier, le mari de Mathurine, meurt en octobre 1723, à 60 ans. Cette mort doit poser beaucoup de problèmes à Mathurine, outre son chagrin. Leurs deux aînés ont 25 et 21 ans, et leurs deux plus jeunes filles survivantes, Rose et Mathurine ont 12 et 7 ans. Mathurine doit avoir du mal à tenir la ferme sans son mari, même si leur fils Julien aide ses parents depuis plusieurs années, ayant peut-être dû abandonner ses études à cause de la santé de son père: escholier quelques années auparavant, il est dit garçon laboureur en 1716 (toujours à Saint-Christophe-du-Luat) lors du baptême de sa petite sœur. Étant le seul fils encore en vie et vu son âge, il est sans doute le soutien de toute la famille.

Les bonheurs de Mathurine

En 1728, Mathurine se rend avec son fils Julien à Châtres-la-Forêt (commune toute proche à l'Est), au mariage de sa fille aînée Julienne, qui épouse Mathurin Milcent (un veuf de 40 ans, serrurier, et plus tard maréchal). Mathurine et Julien sont tous deux témoins de Julienne, et habitent toujours Saint-Christophe-du-Luat. Le métier de son gendre doit rassurer Mathurine, le maréchal ferrant étant sûr de son revenu, seul apte à ferrer, panser et soigner les chevaux et les bœufs. Il est différent du forgeron, c'est plutôt l'ancêtre du vétérinaire. Mathurin Milcent est peut-être tout de même forgeron également, puisqu'il sait travailler le métal, assez habilement pour faire des serrures. Il est assez éduqué puisqu'il sait signer.

la Grande Roussière

Un grand bonheur sans doute le 8 mars 1730 : la naissance de son premier petit-enfant, une fille, Julienne Milcent. Mathurine a peut-être assisté sa fille Julienne lors de l'accouchement, en tout cas elle est sur place le jour-même, à Châtres-la-Forêt, où elle est marraine de la petite Julienne, qui est baptisée aussitôt.

L'année suivante, toujours dans le même foyer, naît un garçon, nommé Mathurin comme son père. Cette fois c'est son oncle Julien Baguenier qui est parrain. En 1733 un autre garçon arrive chez les Milcent : Jean-Baptiste.

Quelques années plus tard, le 1er septembre 1740, c'est sa plus jeune fille, Mathurine, qui épouse Pierre Provost à Brée. Mathurine est présente et témoin, de même que son fils Julien et son gendre Mathurin Milcent. Ce doit être l'occasion d'une belle réunion de famille.

décès

Mort

Mathurine a déménagé encore une fois, puisqu'en 1742, alors qu'elle est marraine d'une petite fille, elle habite au château de Brée. On ignore si elle y pratique toujours sa profession de fermière.

C'est à Brée qu'elle meurt le 11 mars 1746, à l'âge de 70 ans, et est enterrée le lendemain. Son frère René, sa fille Julienne, son gendre Pierre Provost assistent à son inhumation. Son fils Julien ne semble pas présent.

Sources

Sites internet :

archives de Mayenne (53) en ligne
http://www.evron.fr/
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89vron
http://www.saintchristopheduluat.mairie53.fr
https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Christophe-du-Luat
http://chateaudesaintesuzanne.fr/images/pdf_guides/abbaye_evron.pdf ( /!\ PDF)
archives de Mayenne : monographie communale de Saint-Christophe-du-Luat
https://www.cairn.info/revue-histoire-economie-et-societe-2011-3-page-29.htm



1. St-Christophe-du-Luat - BMS 1731-1750 - page 137 droite

lundi 1 février 2016

Un peu plus sur moi

Je suis tombée dans la généalogie étant enfant, chez mes grands-parents maternels. J'ai toujours aimé consulter les vieilles photos et écouter les histoires de famille, j'ai pu déplier et parcourir des arbres généalogiques sur papier d'architecte rédigés par un grand-oncle, noter des informations sur des petits carnets, et dès que j'en ai eu les moyens j'ai acheté mon premier logiciel de généalogie pour essayer de tout mettre au propre.

Depuis, j'y travaille quand j'ai le temps, et surtout quand j'ai du calme autour de moi. Je n'ai pas les moyens pour l'instant d'acheter des livres qui m'intéresseraient beaucoup pour compléter l'histoire des régions où ont vécu mes ancêtres, ni de m'inscrire aux clubs généalogiques correspondants, mais c'est une chose que j'apprécie dans cette activité : on peut la pratiquer sans dépenser des sommes folles.

Ce blog n'est pas le premier que j'y consacre, mais c'est le premier qui soit public, dans l'espoir de trouver par ce biais des cousinages éloignés, qui pourront peut-être compléter les informations que j'ai de mon côté. N'hésitez pas à me faire signe si vous êtes dans ce cas. Je ne développe pas les branches collatérales de mon arbre, mais les échanges d'informations m'intéressent toujours.